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Former ses salariés à l’IA : c’est devenu une obligation, et voici le plan

L’obligation exacte de l’article 4 et ce qu’elle demande vraiment, qui former en premier, un plan type sur six mois, la procédure OPCO pas à pas, et la seule mesure qui dit si ça a servi.

  • Août 2026
  • 11 min de lecture
  • Evico IA
Rangées serrées de fauteuils rouges dans une salle vide

En bref. Depuis le 2 février 2025, toute entreprise qui utilise des systèmes d’IA doit assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA à son personnel. Pas de seuil d’effectif, pas de programme imposé, mais une formation proportionnée et documentée. Les sanctions nationales s’appliquent depuis le 2 août 2026.

Cette obligation existe, elle est peu connue, et elle est nettement moins lourde qu’on ne le craint. Nous la traitons ici sans en faire un argument de peur : pour une PME, elle se satisfait avec une demi-journée par pôle et un dossier de trois pièces.

Cet article donne l’obligation exacte, le plan de formation type par pôle, la procédure de financement pas à pas, et la seule mesure qui dit si ça a servi.

Former ses salariés à l’IA est-il obligatoire ?

Oui, depuis plus d’un an, et c’est ce que presque personne n’écrit.

Ce que dit exactement le texte
L’article 4 du règlement européen sur l’IA impose aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d’IA d’assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA à leur personnel et à toute personne qui utilise ces systèmes sous leur autorité.
Qui est concerné
Toute organisation qui déploie un système d’IA, quel que soit le niveau de risque et sans seuil d’effectif. Une entreprise de douze personnes qui utilise un assistant conversationnel est dedans, au même titre qu’un grand groupe. C’est une obligation transversale, pas une obligation des usages à haut risque.
Depuis quand
Depuis le 2 février 2025. Elle n’a pas été reportée par le règlement omnibus de juillet 2026, qui a décalé les exigences sur les systèmes à haut risque et pas celle-ci.
Ce qui change en août 2026
Les sanctions nationales sont applicables depuis le 2 août 2026, et ce sont les autorités de chaque État membre qui contrôlent, la CNIL en France. L’obligation existait ; elle devient opposable.
Ce que ça demande, concrètement
Aucun programme type n’est imposé. Le texte pose un principe de proportionnalité : la formation doit être adaptée à la nature des systèmes utilisés, aux profils des personnes et aux usages, et elle doit être documentée. C’est ce dernier mot qui fait tout le travail : une formation non tracée ne prouve rien.

Notre lecture, et elle est modérée : pour une PME sans usage à haut risque, cette obligation se satisfait avec une demi-journée de sensibilisation par pôle concerné, une attestation nominative, un programme daté et une liste d’émargement. Trois pièces dans un dossier. Ce n’est ni un chantier, ni un budget d’investissement, et un prestataire qui vous vend un programme de conformité à cinq chiffres pour ça surdimensionne.

Qui former en premier ?

Le plan qui fonctionne ne suit pas l’organigramme. Il suit l’exposition : qui utilise déjà quelque chose, et qui décide.

  1. 01Premier

    Le dirigeant, seul

    Une à deux heures. Pas pour montrer l’exemple : pour pouvoir arbitrer un devis, repérer une promesse creuse et trancher la question des postes. Une direction qui délègue entièrement le sujet finance des projets qu’elle ne peut pas évaluer. Le format.

  2. 02Deuxième

    Le pôle qui utilise déjà quelque chose

    Il y en a toujours un, et c’est rarement celui qu’on croit. Commencez par lui pour deux raisons : il a déjà les questions, et il a déjà pris des habitudes qu’il vaut mieux corriger tôt. C’est aussi là que se trouve le shadow IA.

  3. 03Troisième

    Le pôle qui écrit le plus

    Commercial, administratif, bureau d’études. Le gain y est immédiat et visible, ce qui produit le récit interne dont vous aurez besoin pour la suite.

  4. 04Quatrième

    Les fonctions exposées réglementairement

    Ressources humaines si vous touchez au recrutement, comptabilité si vous manipulez des données clients, tout pôle qui traite des données personnelles. Le contenu y est différent : davantage de cadre, moins d’outils.

  5. 05En dernier, ou jamais

    Le reste de l’entreprise

    Une sensibilisation générale d’une heure suffit souvent, et elle peut attendre. Former tout le monde en même temps est le meilleur moyen de ne former personne : l’enthousiasme retombe en trois semaines et vous aurez payé pour ça.

À quoi ressemble un plan de formation type ?

Pour une PME de quarante personnes, avec quatre pôles. C’est le format que nous mettons en place le plus souvent.

QuandQuiFormatCe qui en sort
Mois 1Le dirigeant2 séances individuelles de 2 hLa règle sur les données, et la capacité à arbitrer un devis
Mois 2Le pôle le plus exposé1 demi-journée sur ses documentsUne bibliothèque de consignes, et la charte d’usage en brouillon
Mois 3Le deuxième pôle1 demi-journée sur ses documentsIdem, plus les premiers retours du pôle 1
Mois 4Les fonctions exposées1 demi-journée orientée cadreCe qui est encadré, ce qui ne l’est pas, ce qu’on ne fait pas
Mois 5Toute l’entreprise1 heure de sensibilisationLa charte signée par tout le monde
Mois 6Les référents des pôles1 h de pointCe qui a pris, ce qui n’a pas pris, et pourquoi

Six mois, cinq demi-journées et quelques heures. Ce plan coûte moins cher qu’un an de licences pour dix personnes qui ne les ouvrent pas, et il produit à la fois l’usage et les pièces qui documentent votre obligation.

Comment financer : la procédure OPCO pas à pas

Aucune des pages qui traitent ce sujet ne détaille les démarches. Les voici, dans l’ordre, avec les pièges.

1. Identifier votre OPCO
Il dépend de votre branche professionnelle, pas de votre choix. Il figure sur vos bordereaux de cotisation et dans votre convention collective. Votre expert-comptable le sait.
2. Vérifier la certification de l’organisme
Depuis le 1er janvier 2022, seul un prestataire certifié Qualiopi peut faire l’objet d’un financement par un OPCO, le compte personnel de formation ou un fonds régional. C’est une condition d’accès aux fonds, pas un label de qualité. Posez la question à tout formateur avant de discuter du programme, y compris à nous.
3. Demander le devis et le programme
L’OPCO demandera un devis, un programme détaillé avec les objectifs pédagogiques, la durée, les dates et le nombre de participants. Un organisme sérieux vous fournit ce dossier sans que vous ayez à le réclamer.
4. Déposer la demande AVANT la session
C’est l’erreur numéro un. Une demande déposée après la formation n’est pas prise en charge, quelle que soit la qualité du dossier. Comptez deux à six semaines d’instruction selon l’OPCO, et calez la date en conséquence.
5. Ne pas croire un pourcentage annoncé à l’avance
Les niveaux de prise en charge varient fortement d’une branche à l’autre, et parfois d’une année à l’autre au sein d’une même branche selon l’enveloppe disponible. Un prestataire qui vous annonce « pris en charge à 100 % » sans connaître votre branche improvise.
6. Fournir les pièces après la session
Attestation de présence, émargement, attestation de fin de formation. Ce sont les mêmes pièces qui documentent votre obligation au titre de l’article 4 : elles servent deux fois.

Ce qui change en octobre 2026

À partir d’octobre 2026, les OPCO devront financer toute formation dispensée par un organisme certifié Qualiopi, sans pouvoir imposer leur propre catalogue de prestataires référencés. C’est une simplification réelle pour les entreprises, elle est très peu connue, et elle élargit sensiblement votre choix de formateur.

Comment savoir si la formation a servi ?

C’est l’étape que presque personne ne fait, et sans elle la discussion à six mois se réduit à des impressions.

Ce qu’il ne faut pas mesurer
La satisfaction en fin de séance. Elle est toujours bonne : elle mesure la politesse des participants et l’aisance du formateur, pas l’usage.
Le seul indicateur qui compte, à trente jours
Combien de personnes formées ont produit quelque chose avec l’outil la semaine dernière, sur combien de dossiers réels. Un chiffre, relevé par le responsable du pôle. S’il est proche de zéro à trente jours, il sera nul à quatre-vingt-dix.
À quatre-vingt-dix jours
Le même relevé, et le compteur de la tâche visée : le temps passé, le délai, le volume traité, selon ce que vous aviez figé avant. Sans valeur de départ, ce relevé ne dit rien : c’est pour ça qu’on chronomètre avant.
Le signal qualitatif qui ne trompe pas
Est-ce que quelqu’un a partagé spontanément une consigne à un collègue ? Si oui, ça a pris. Sinon, l’usage est resté individuel et il s’éteindra.
Ce qu’on fait si le chiffre est mauvais
On regarde d’abord si la tâche visée était la bonne. Dans la plupart des cas d’échec que nous avons vus, la formation était correcte et la tâche mal choisie : trop rare, trop variable, ou déjà réglée autrement.

Les erreurs classiques

Former sur des cas génériques

La cause d’échec la plus fréquente, et de loin. Les participants trouvent ça intéressant, personne ne change rien au travail du lundi suivant. Une formation sur les documents réels du pôle coûte le même prix et produit un usage.

Former tout le monde en même temps

L’enthousiasme est plus grand et il retombe aussi vite. Un pôle formé, dont le gain se voit, ouvre les suivants tout seul. Cinq pôles formés le même mois n’en laissent aucun installer une habitude.

Former sans avoir ouvert de comptes professionnels

Vous formez des gens à un outil qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser correctement. Ils reviendront à leur compte personnel, et vous aurez financé l’installation du shadow IA.

Une session unique, sans suite

Une demi-journée sans point à trente jours ni référent identifié produit un souvenir agréable. Le point de suivi coûte une heure et change tout, parce que c’est là que remontent les blocages réels.

Confondre sensibilisation et formation

Une heure de présentation générale a son utilité, notamment pour l’ensemble de l’entreprise. Elle ne satisfait pas l’obligation de l’article 4 pour les personnes qui utilisent réellement les systèmes, et elle ne produit aucun usage.

Questions fréquentes sur la formation des salariés à l’IA

Oui. L’article 4 du règlement européen sur l’IA impose aux déployeurs d’assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA à leur personnel et à toute personne utilisant ces systèmes sous leur autorité, depuis le 2 février 2025, sans seuil d’effectif et quel que soit le niveau de risque. Les sanctions nationales sont applicables depuis le 2 août 2026.

Aucun n’est imposé. Le texte pose un principe de proportionnalité : la formation doit être adaptée à la nature des systèmes, aux profils des personnes et aux usages, et elle doit être documentée. Pour une PME sans usage à haut risque, une demi-journée par pôle concerné avec attestation, programme daté et émargement satisfait l’obligation.

Le dirigeant, puis le pôle qui utilise déjà quelque chose, puis celui qui écrit le plus, puis les fonctions exposées réglementairement. Le reste de l’entreprise peut attendre une sensibilisation d’une heure. Former tout le monde en même temps est le meilleur moyen de ne former personne.

Identifiez votre OPCO, qui dépend de votre branche ; vérifiez que l’organisme est certifié Qualiopi, condition obligatoire depuis le 1er janvier 2022 ; faites établir devis et programme détaillé ; déposez la demande avant la session, jamais après ; comptez deux à six semaines d’instruction. Méfiez-vous de tout pourcentage annoncé sans connaître votre branche.

Il varie fortement d’une branche à l’autre et parfois d’une année à l’autre selon l’enveloppe disponible. Personne ne peut vous l’annoncer sans connaître votre convention collective, et un prestataire qui affirme « pris en charge à 100 % » improvise. Votre OPCO vous le dira, et lui seul.

Pas par la satisfaction en fin de séance, qui est toujours bonne. Le seul indicateur utile est le nombre de personnes formées ayant produit quelque chose avec l’outil la semaine dernière, sur des dossiers réels, relevé à trente puis à quatre-vingt-dix jours, avec le compteur de la tâche visée figé avant la formation.

Pour l’ensemble de l’entreprise, souvent oui. Pour les personnes qui utilisent réellement les systèmes, non : elle ne produit aucun usage et elle satisfait mal l’obligation de proportionnalité. La distinction entre sensibiliser et former compte, y compris en cas de contrôle.

Qui écrit ceci

Écrit par Victor et Alexandre, qui conduisent les audits eux-mêmes. Onze projets d’intelligence artificielle livrés depuis 2024, plus de soixante-dix entreprises accompagnées depuis 2018. Ils dirigent chacun une entreprise : c’est le point de vue de quelqu’un qui a signé des devis avant d’en écrire. Qui nous sommes

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