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Journal technique · Conformité

IA et RGPD : ce qu’une PME doit réellement faire

Les quatre obligations à traiter en priorité, les six points à vérifier dans le contrat de votre éditeur, une ligne de registre écrite en entier, et les chiffres réels des sanctions de la CNIL.

  • Août 2026
  • 12 min de lecture
  • Evico IA
Allée entre deux rayonnages d'archives

En bref. Quatre choses à faire : inscrire vos usages d’IA au registre des traitements, signer l’accord de sous-traitance avec chaque éditeur, informer vos salariés et les personnes concernées, et vérifier votre base légale. Deux jours de travail, et c’est ce qui manque dans la plupart des PME que nous auditons.

Le règlement européen sur l’IA occupe toute la conversation. Dans une PME, c’est le RGPD qui s’applique le plus souvent, qui mord le plus vite, et dont les manquements se constatent en une minute. Il est en vigueur depuis 2018, il ne comporte aucune période transitoire, et il ne dépend pas de savoir si votre usage relève du haut risque.

La CNIL publie d’excellentes ressources sur ce sujet, et cet article ne cherche pas à les remplacer. Il cherche à les traduire en gestes : quoi écrire, quoi signer, quoi vérifier chez votre fournisseur.

En quoi le RGPD s’applique-t-il à vos outils d’IA ?

Dès qu’une donnée personnelle entre dans un outil d’IA, vous effectuez un traitement de données au sens du règlement, et toutes vos obligations habituelles s’appliquent. Une donnée personnelle, c’est plus large qu’on ne croit.

Ce que vous mettez dans l’outilDonnée personnelle ?Conséquence
Un courriel client, même professionnelOuiNom, adresse, signature : c’est un traitement
Un CVOui, et souvent des données sensiblesPhoto, âge, parfois santé ou origine. Prudence maximale
Un enregistrement de réunionOuiLa voix identifie une personne. Information obligatoire des participants
Un plan technique, une gammeNon, en principeSecret industriel, mais pas RGPD
Un tableau de suivi de productionCela dépendS’il comporte les noms des opérateurs, oui, et vous entrez dans le suivi de l’activité des salariés
Un contratOuiSignataires, coordonnées. Et souvent des clauses de confidentialité qui interdisent la transmission à un tiers

La ligne la plus piégeuse est l’avant-dernière. Un outil qui analyse le travail de personnes identifiables entre dans le suivi de l’activité des salariés, un domaine où la CNIL est particulièrement active : la surveillance des salariés figure parmi les principaux thèmes de ses sanctions en 2025, aux côtés des cookies et de la sécurité des données.

Les quatre obligations à traiter en priorité

1. Inscrire le traitement à votre registre
Une ligne par usage : quelle finalité, quelles catégories de données, quelles personnes concernées, quel destinataire, quelle durée de conservation, quelle base légale. C’est ce qu’on vous demandera en premier, et c’est ce qui manque le plus souvent parce que les outils d’IA sont arrivés par les pôles, pas par un projet.
2. Signer l’accord de sous-traitance
L’éditeur qui traite vos données pour vous est un sous-traitant au sens de l’article 28. Un accord doit être signé. La plupart des éditeurs proposent le leur en ligne, il suffit de l’accepter et d’en garder la trace datée. Cinq minutes par éditeur, jamais faites.
3. Informer les personnes concernées
Vos salariés d’abord, si l’outil touche leur travail : c’est une obligation d’information, et c’est aussi ce qui évite qu’un projet utile devienne un conflit. Vos clients ensuite, par une mention dans votre politique de confidentialité. Vos candidats, si vous utilisez un outil dans le recrutement.
4. Vérifier votre base légale
L’intérêt légitime couvre la plupart des usages internes d’assistance à la rédaction ou à la recherche. Il ne couvre pas tout : un traitement de données sensibles, une décision automatisée sur une personne ou une analyse du comportement demandent autre chose, et parfois une analyse d’impact.

Ces quatre points représentent environ deux jours de travail pour une PME qui utilise cinq ou six outils. Ce n’est pas un projet. C’est une journée de mise à plat et une journée d’écriture.

Que faut-il vérifier dans le contrat de votre éditeur ?

Personne ne publie cette grille, et c’est pourtant le contenu le plus opérationnel possible sur ce sujet. Six points à vérifier, dans le contrat et non dans une page commerciale.

Ce qu’il faut vérifierCe que vous cherchezLe piège
L’entraînement sur vos donnéesUne clause qui exclut vos contenus de l’entraînement des modèlesC’est vrai sur les offres professionnelles des grands éditeurs, pas sur les offres grand public. Un abonnement individuel payant reste une offre grand public
La localisation des traitementsOù sont traitées et stockées les données, et selon quel mécanisme de transfertUne mention « serveurs en Europe » sur une page marketing ne vaut pas un engagement contractuel
Les sous-traitants ultérieursLa liste des prestataires de l’éditeur, et votre droit d’être informé des changementsC’est souvent là que se trouve le transfert que vous ne cherchiez pas
La durée de conservationCombien de temps l’éditeur garde vos contenus, et pour quel motifUne rétention courte « à des fins de lutte contre les abus » est normale. Une rétention indéfinie ne l’est pas
La notification de violationLe délai dans lequel l’éditeur vous prévient en cas d’incidentSans engagement de délai, vous ne pourrez pas tenir le vôtre vis-à-vis de la CNIL
La réversibilitéCe qui se passe à la fin : export, suppression, preuve de suppressionÀ demander avant de signer. Après, ce n’est plus une négociation

Deux remarques honnêtes. D’abord, ces engagements varient d’un éditeur à l’autre et changent régulièrement : nous ne publions pas de comparatif nominatif figé, parce qu’il serait faux dans six mois et que vous le liriez comme une garantie. La grille ci-dessus, elle, ne périme pas.

Ensuite, un éditeur européen ne vous dispense d’aucune de ces vérifications. Il simplifie la question des transferts hors Union européenne, ce qui est réel et appréciable, et rien d’autre. Le registre, la base légale et l’information des personnes restent exactement les mêmes.

À quoi ressemble une ligne de registre ?

Quatre concurrents expliquent qu’il faut tenir un registre. Aucun ne montre le tableau. En voici une ligne complète, pour l’usage le plus fréquent en PME.

Finalité du traitement
Assistance à la rédaction de courriers et de propositions commerciales par un outil d’intelligence artificielle.
Catégories de personnes
Clients et prospects de l’entreprise ; salariés du pôle commercial utilisateurs de l’outil.
Catégories de données
Identité et coordonnées professionnelles des interlocuteurs ; contenu des échanges commerciaux. Exclusion explicite : aucune donnée sensible, aucun élément de paie, aucun contrat couvert par une clause de confidentialité.
Destinataires
L’éditeur de l’outil, en qualité de sous-traitant, ainsi que ses sous-traitants ultérieurs listés au contrat.
Transferts hors UE
Oui, vers les États-Unis, encadrés par le mécanisme prévu au contrat de sous-traitance signé le 12 mars 2026.
Durée de conservation
Conversations conservées 30 jours chez l’éditeur, purge automatique. Documents produits conservés selon la durée applicable au dossier commercial.
Base légale
Intérêt légitime : amélioration de la qualité et du délai de réponse commerciale. Balance des intérêts documentée le 12 mars 2026.
Mesures de sécurité
Comptes nominatifs sur offre professionnelle, authentification par l’annuaire d’entreprise, charte d’usage signée, revue semestrielle.

Une ligne de ce type prend vingt minutes à écrire la première fois et cinq minutes les suivantes. Dans une PME, le registre des usages d’IA tient sur cinq à quinze lignes.

Que risque-t-on réellement ?

Un article de conformité sans chiffres réels reste une opinion. Voici les chiffres publics de l’autorité française.

  • 83 sanctions prononcées par la CNIL en 2025, pour un total de 486 839 500 €. Seize en formation restreinte, soixante-sept en procédure simplifiée.
  • Les trois principaux sujets de sanction en 2025 : les cookies, la surveillance des salariés et la sécurité des données. Notez le deuxième : c’est exactement le terrain d’un outil d’IA qui analyse le travail de personnes identifiables.
  • En 2026, la CNIL consacre la moitié de ses contrôles et de ses actions répressives à la sécurité des données.
  • Ses thèmes de contrôle prioritaires pour 2026 sont le recrutement, le répertoire électoral unique et les fédérations sportives. Si vous envisagez un outil d’IA dans le recrutement, c’est le contexte à connaître avant de vous lancer.

Ce que ces chiffres disent d’utile pour une PME : la grande majorité des sanctions passe par la procédure simplifiée, avec des montants sans commune mesure avec les affaires qui font les titres. Le risque réel n’est pas une amende à sept chiffres : c’est une mise en demeure, un contrôle qui mobilise votre direction pendant des semaines, et un client qui vous demande vos preuves de conformité au moment de renouveler un marché.

La checklist, à faire en deux jours

  • Lister les outils d’IA réellement utilisés, pôle par pôle, à partir de ce que vous voyez et non de ce qui est déclaré. Voir le shadow IA.
  • Inscrire chaque usage au registre des traitements, avec finalité, données, destinataires, durée et base légale.
  • Signer l’accord de sous-traitance avec chaque éditeur et en dater la trace.
  • Vérifier les six points du contrat : entraînement, localisation, sous-traitants ultérieurs, conservation, notification de violation, réversibilité.
  • Informer vos salariés par écrit dès qu’un outil touche leur travail, et consulter les représentants du personnel quand c’est requis.
  • Mettre à jour la politique de confidentialité du site si un outil traite des données de clients ou de visiteurs.
  • Écrire la charte d’usage et la faire signer. Le contenu attendu.
  • Prévoir une analyse d’impact si vous envisagez un usage sur des données sensibles, une décision automatisée sur des personnes, ou une analyse de l’activité des salariés.
  • Revoir la liste deux fois par an : les outils entrent tout seuls dans une entreprise.

Neuf points, deux jours. C’est moins que ce qu’on croit, et c’est plus que ce que fait la plupart des entreprises que nous auditons.

Questions fréquentes sur l’IA et le RGPD

Oui, dès qu’une donnée personnelle entre dans un outil d’IA. Vous effectuez alors un traitement au sens du règlement, avec toutes les obligations habituelles : registre, base légale, information des personnes, accord de sous-traitance. Le RGPD n’a pas de période transitoire, contrairement au règlement européen sur l’IA.

Oui, une ligne par usage : finalité, catégories de données et de personnes, destinataires, transferts hors Union européenne, durée de conservation, base légale, mesures de sécurité. Dans une PME, le registre des usages d’IA tient sur cinq à quinze lignes et prend deux jours à établir.

Oui. L’éditeur qui traite vos données pour vous est sous-traitant au sens de l’article 28, et un accord de traitement doit être signé. La plupart des éditeurs proposent le leur en ligne : il suffit de l’accepter et d’en conserver la trace datée. C’est l’obligation la plus simple et la plus souvent oubliée.

L’intérêt légitime couvre la plupart des usages internes d’assistance à la rédaction ou à la recherche documentaire, à condition d’avoir documenté la balance des intérêts. Il ne couvre pas les données sensibles, les décisions automatisées sur des personnes ni l’analyse du comportement, qui demandent une autre base et parfois une analyse d’impact.

Oui dès qu’un outil touche leur travail, et il faut consulter les représentants du personnel quand c’est requis. C’est une obligation, et c’est aussi ce qui évite qu’un projet utile devienne un conflit. La surveillance des salariés figure parmi les principaux thèmes de sanction de la CNIL en 2025.

Non. Il simplifie la question des transferts hors Union européenne, ce qui est réel et appréciable. Le registre, la base légale, l’information des personnes et l’accord de sous-traitance restent exactement les mêmes.

En 2025, la CNIL a prononcé 83 sanctions pour un total de 486,8 millions d’euros, dont soixante-sept en procédure simplifiée, avec des montants sans commune mesure avec les affaires qui font les titres. Pour une PME, le risque réel est une mise en demeure, un contrôle chronophage, et un client qui demande vos preuves de conformité au renouvellement d’un marché.

Qui écrit ceci

Écrit par Victor et Alexandre, qui conduisent les audits eux-mêmes. Onze projets d’intelligence artificielle livrés depuis 2024, plus de soixante-dix entreprises accompagnées depuis 2018. Ils dirigent chacun une entreprise : c’est le point de vue de quelqu’un qui a signé des devis avant d’en écrire. Qui nous sommes

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